Le corps se souvient de ce que l'esprit a oublié — une histoire vraie sur le transgénérationnel
- 10 avr.
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Il y a quelques mois, une patiente est venue me voir pour quelque chose qui aurait pu sembler banal.
Elle ne supportait pas le désordre de ses enfants.
Pas de l'agacement ordinaire. Son corps réagissait physiquement — des nausées, des hauts de cœur, comme si quelque chose en elle voulait rejeter ce qu'elle voyait. On a exploré les choses habituelles : son enfance, ses relations, ses croyances. Rien qui expliquait une réaction aussi physique, aussi forte.
Alors je lui ai posé une question différente. Une question sur ceux qui ont vécu avant elle.
Elle m'a parlé de son grand-père :
Pendant la Seconde Guerre mondiale, son grand-père avait été envoyé dans une zone de travail forcé. Là-bas, il devait déblayer des décombres après les bombardements. Parmi ces ruines... il y avait sans doute de nombreux corps.
Le lien s'est fait presque immédiatement.
Le désordre par terre. Les objets éparpillés qui forment des amas. Les hauts de cœur face à ce que le corps associait, inconsciemment, à quelque chose de bien plus lourd.
Ma patiente n'avait pas vécu la guerre. Mais son corps, lui, s'en souvenait. Cela parait fou dit comme cela, ce n'était pas son souvenir à elle. Mais quelque chose de plus profond, un traumatisme qui à parcouru les générations.
Après une séance d'hypnose qui travaille sur la libération du traumatisme transgénérationnel, cette sensation physique qui l'accompagnait depuis des années s'est libérée.
Ce jour-là je suis sortie de séance avec cette pensée : le corps sait des choses que le mental n'a pas encore trouvé les mots pour dire.
Qu'est-ce que le transgénérationnel exactement ?
Le transgénérationnel désigne la transmission inconsciente d'émotions, de traumatismes, de croyances ou de schémas d'une génération à l'autre. Ce que nos ancêtres n'ont pas pu dire, exprimer ou traverser ne disparaît pas toujours. Voire tant qu'un traumatisme, une injustice n'a pas été nommé ou prises en compte, elle continue d'exister et de se transmettre. Par amour, par loyauté, par besoin d'appartenance, les descendants peuvent porter ces blessures sans en avoir conscience.
Ce n'est pas du déterminisme. Ce n'est pas une fatalité, c'est une information. Et une information, on peut faire quelque chose avec.
Deux portes par lesquelles ça se transmet
La porte psychologique
Tout commence dans ce qu'on observe, absorbe et ressent enfant sans avoir les mots pour le nommer. Un parent qui a vécu quelque chose de difficile ne va pas forcément en parler. Mais son corps parle. Ses silences parlent. Sa façon de réagir à certaines situations parle.
Carl Gustav Jung parlait d'inconscient familial — ce qui n'est pas vu ou reconnu dans une lignée finit souvent par revenir sous forme de schéma répétitif. Anne Ancelin Schützenberger, fondatrice de la psychogénéalogie, appelait ça les loyautés invisibles : ces fidélités inconscientes qui nous font parfois nous saboter pour rester en lien avec un parent blessé, ou vivre en échec pour ne pas "dépasser" un ancêtre.
Ces fidélités ne sont pas des malédictions. Ce sont des liens d'amour silencieux. Mais ils peuvent nous freiner... tant qu'on ne les voit pas.
La porte biologique
L'épigénétique — la science qui étudie comment nos expériences modifient l'expression de nos gènes sans toucher à l'ADN lui-même — confirme ce que les thérapeutes observent depuis des décennies. Des recherches menées auprès de descendants de survivants de la Shoah, de famines, de guerres ont montré des traces biologiques mesurables sur les générations suivantes.
Le stress extrême vécu par une génération peut laisser une empreinte sur la suivante. Ce n'est pas mystique. C'est scientifique. Et c'est profondément humain.
Comment reconnaître ce que vous portez peut-être ?
Quelques signes qui méritent attention :
Des émotions intenses sans cause apparente visible.
Des schémas qui se répètent malgré votre travail sur vous-même.
Une sensation de porter un poids qui ne vous appartient pas entièrement.
Des réactions physiques disproportionnées face à certaines situations.
Des dates, des prénoms, des événements qui reviennent étrangement dans votre histoire familiale.
Ce que ça change quand on comprend
Comprendre le transgénérationnel, ce n'est pas chercher un coupable. Ce n'est pas accuser ses parents ou ses grands-parents. C'est au contraire honorer son histoire en la regardant avec conscience — et se donner la liberté de ne plus la répéter.
Ce qu'on comprend, on peut le transformer. Ce qu'on transforme, on ne le transmet plus.
Envie d'aller plus loin ?
🎬 J'ai consacré une vidéo complète à ce sujet sur ma chaîne YouTube — avec l'histoire clinique racontée en détail et les mécanismes expliqués pas à pas. 👉 https://youtu.be/bybYVLthRhQ
🎙️ Le premier épisode de mon podcast La Bulle Psychopratik — Se comprendre pour se libérer explore ce même thème dans un format plus intime, à écouter où vous voulez. 👉 https://open.spotify.com/episode/3Yl8cPplyh868BdukShgam?si=-1QJZaN2Q56qWoCltYXLZA
💬 Et vous ?
Avez-vous l'impression de porter quelque chose de plus grand que vous ? Est-ce que cette histoire vous a parlé — pour vous ou pour quelqu'un que vous connaissez ?
Je serais heureuse de lire ce que cela vous inspire en commentaire.
Anaëlle Mertz-D'Agostin — Psychologue & Hypnothérapeute
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