Quand la colère de vos ancêtres vit encore en vous à comprendre et libérer une transmission émotionnelle
- il y a 2 jours
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"Je ne comprends pas d'où ça vient. Je ne suis pas quelqu'un de violent.
Mais cette colère... elle est là explosive.
Toujours."
C'est avec ces mots qu'un homme est venu me voir.
Une colère qui surgissait, disproportionnée, incontrôlable. Il se faisait peur à lui-même.
Sa femme ne supportait plus ses explosions colériques quasi quotidienne. Il essayait pourtant de se contrôler mais plus il résistait et plus elle sortait. Comme si cette colère n'était pas tout à fait la sienne.
Une colère qui traverse les générations
En explorant son histoire familiale, quelque chose est apparu. Son père avait cette même colère. Elle était plus intense encore que lui. Une façon de réagir brusquement, de s'embraser vite avec un besoin de rabaisser l'autre. Sans vraiment savoir pourquoi.
Et son grand-père paternel... lui aussi mais c'était encore plus fort. La colère était telle qu'il en était violent physiquement.
Je vais modifier certains détails pour respecter la vie privée de ce client. Mais ce que je vais vous raconter est réel dans son essence.
Son grand-père était espagnol. Avec sa femme, ils ont fui l'Espagne de Franco, contraint à l'exil, comme des milliers d'autres républicains espagnols en 1939. Mais malheureusement, la France ne les a pas accueillis les bras ouverts.
Ils ont été internés dans des camps dans le sud de la France. Après un départ déchirant de leur terres natales, des conditions d’accueil difficiles. Ils ont vécu une dignité bafouée. Des hommes et des femmes qui avaient tout perdu : leur pays, leur maison, leur vie d'avant, et qu'on enfermait derrière des barbelés.
Puis ils ont fini après quelques petits boulots dans le Sud par s'installer en Normandie après la seconde guerre mondiale. Il y avait de grands besoins de mains d’œuvre pour la reconstruction. Il travaillait d'arrache pied pour se reconstruire une vie, apprendre une nouvelle langue, une nouvelle culture.
Mais quelque chose en lui ne s'est jamais vraiment déposé : l'injustice vécue, l'humiliation de l'enfermement, la rage sourde de celui qui a tout perdu sans comprendre pourquoi, et sans jamais avoir eu l'espace pour le dire.
Cette colère-là, elle est légitime, profonde, mais elle n'a jamais été reconnue, elle n'a pas disparu avec lui. Même en essayant de s'intégrer en France, il y a toujours cette impression de ne pas être à sa place.
Cette colère qui s'est installée, s'est transmise, de son grand-père à son père, arrivé quelques années après leur exil. Comme un écho qui s'atténue... mais qui résiste.

Ce qu'une émotion non déposée devient
Ce que j'observe régulièrement dans mon travail, c'est que les émotions fortes non traitées ne s'évaporent pas.
Elles cherchent une sortie, une reconnaissance, un espace pour exister.
Et tant qu'elles ne l'ont pas trouvé...
...elles continuent de circuler dans la lignée de manière inconsciente, pour essayer de trouver une porte de sortie.
Le système nerveux d'un enfant absorbe l'état émotionnel de son parent. L'enfant qui grandit avec un père souvent en colère, potentiellement violent, apprend que c'est ainsi qu'on réagit face à l'injustice, à la frustration, à l'impuissance.
Non pas parce qu'on lui a enseigné mais parce qu'il l'a vécu comme une évidence du corps.
Et cette évidence... il la transmet à son tour, de manière tout aussi inconsciente.
La bonne nouvelle : c'est que ce cercle peut être interrompu.
Le travail en séance : réparer en remontant le temps
Avec ce patient, on a utilisé l'hypnose. Et j'ai combiné deux approches :
⟶ La double dissociation
Ce protocole permet de prendre de la distance par rapport à quelque chose de difficile, d'un traumatisme, de laisser l'inconscient le traiter depuis un endroit sécurisé, sans être submergé. Ici, on n'est pas parti du vécu de mon patient. On est parti de l'histoire de son grand-père : de ce qu'il avait traversé, de cette colère qui était, à l'origine, une réponse parfaitement légitime à une injustice réelle. Pour évacuer une émotion, il est important de :
La nommer.
La reconnaître.
La voir pour ce qu'elle était vraiment, souvent une forme de protection du système.
⟶ Puis un protocole que j'aime beaucoup pour le travail transgénérationnel, que j'appelle l'"Effet grands-mère" (inspiré du livre de protocoles hypnotiques de Patrick Aich)
L'idée est à la fois simple et profonde : on identifie d'abord les ressources qui auraient été utiles au grand-père pour traverser ce qu'il a traversé. Dans ce cas précis :
la reconnaissance de l'injustice vécue.
La dignité retrouvée.
La sécurité : pouvoir enfin poser les armes.
Et la paix intérieure : savoir que sa colère avait été entendue.
Ensuite, en état hypnotique, mon client visualise trois lignes du temps : celle de son grand-père, celle de son père, et la sienne.
Depuis une position de présence bienveillante, extérieur et aimant, il descend symboliquement jusqu'au premiers moments de la ligne du temps du grand-père, bébé.
Et il lui transmet l'ensemble de ces ressources de manière symbolique, avec toute la douceur qu'un enfant méritait de recevoir.
Puis il accompagne ce grand-père le long de sa ligne du temps, jusqu'à la naissance du père. Et là, il transmet à nouveau. Le père bébé reçoit ce que le grand-père n'avait pas pu lui donner.
Et ainsi de suite, jusqu'à mon client lui-même, bébé, qui reçoit ces ressources à son tour. Avant de remonter sa propre ligne du temps jusqu'à aujourd'hui, en intégrant ce qui a été transmis tout au long du chemin.

Ce protocole ne réécrit pas l'histoire, il ne change pas ce que le grand-père a vécu. Il ne nie pas l'injustice, ni la souffrance, ni les années dans ce camp.
Mais il répare quelque chose de symbolique, profondément, dans l'inconscient.
Il donne à chaque génération ce qu'elle n'avait pas reçu. Et il interrompt la transmission de ce qui faisait souffrir.
Ce qui s'est transformé
À la fin de la séance, mon client était silencieux. Puis il m'a dit quelque chose :
"C'était sa colère, pas la mienne. Je l'ai senti physiquement, comme si quelque chose se dénouait dans ma poitrine."
La colère ne disparaît pas du jour au lendemain, ce n'est pas de la magie. Mais quelque chose s'était déplacé. Une émotion qui avait été portée pendant trois générations venait d'être vue, reconnue, et symboliquement déposée.
Et pour la première fois depuis longtemps...
...cet homme se sentait libre de ressentir sa propre colère, et seulement la sienne.
Ce que cette histoire nous enseigne
Quand une émotion semble disproportionnée...
Quand quelque chose résiste malgré le travail sur soi...
Quand une réaction vous surprend vous-même...
...ça vaut la peine de se demander :
"Est-ce que cette émotion est vraiment la mienne ?"
Cette question ne vient pas chercher à se déresponsabiliser, ni à trouver un coupable dans sa lignée.
Mais pour comprendre d'où ça vient.
Parce que ce qu'on comprend, on peut le transformer.
Ce qu'on transforme, on ne le transmet plus.
Et réparer quelque chose en soi...
...c'est aussi un cadeau pour ceux qui viendront après nous.
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💬 Et vous ?
Est-ce qu'il y a une émotion dans votre vie qui semble parfois trop grande pour ce qui la déclenche ?
Est-ce que cette histoire vous a parlé ?
Je serais heureuse de lire ce que cela vous inspire en commentaire.
Anaëlle Mertz-D'Agostin - Psychopraticienne & Hypnothérapeute



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