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Le deuil qu'on ne s'autorise pas

il y a 9 minutes
5 min de lecture

Chaque année, il y a une date qui nous tombe dessus : la rentrée de septembre. Du jour au lendemain, tout le monde est censé "repartir" comme si nos vies fonctionnaient sur un bouton on/off collectif.

Sauf que ce n'est pas comme ça que cela marche. N'oublions pas que nous sommes des mammifères. Vous allez me dire :

“Ok, mais qu’est-ce que cela change ?”

Et bien, en tant que mammifères, nous avons des rythmes internes qui dépendent du cycle des saisons. Il suffit d’observer les mammifères sauvages, ils sont, par exemple, beaucoup moins actifs en hiver alors qu’au printemps. Au printemps et en été, ils ont plus facilement des portées, et profitent des récoltes, etc. Et bien, même si certains de nos rythmes sont moins prononcés que certains mammifères, nous avons une baisse d’énergie naturelle amorcée dès la fin août/début septembre. Ce qui correspond au déclin de la luminosité.

Pieds en chaussettes sur une terrasse en bois, citrouille, feuilles d’automne, livre ouvert et café sur une couverture colorée.

Un rythme imposé : pourquoi la rentrée tombe le même jour pour tout le monde

On ne se pose jamais vraiment la question :

Pourquoi la rentrée scolaire tombe-t-elle exactement le même jour pour tout le monde ? 

Ce n'est pas du tout parce que nos corps, nos énergies ou nos besoins de récupération sont synchronisés. C'est une date administrative, calquée sur un calendrier scolaire vieux de plusieurs générations, qui s’est transformée en norme universelle.


Résultat : on se compare à un rythme qui n'a jamais été pensé pour respecter le nôtre. 


De nombreuses personnes se sentent "à la traîne" dès la première semaine de septembre. D’autres, sont sous pression parce qu'ils n'ont pas retrouvé leur élan aussi vite que le calendrier l'exige et qu’il y a énormément de choses possibles et inimaginables à gérer.

Et c'est important de le dire, la charge des choses à prévoir pour cette période peut vite tourner à l'emploi du temps de ministre : 

- les inscriptions pour les activités (en prévoyant le jour J d'arriver 2h à l'avance pour être sûr d'avoir une place pour certaines activités très demandées),

- pour les parents, les fournitures scolaires à prévoir, à vérifier, à re-vérifier (oui, parfois certains petits lutins viennent piquer des choses dans le sac juste avant la rentrée scolaire, les petits fripons !), 

- les réunions de rentrée, parfois le même jour surtout quand on a plusieurs enfants, on n'a pas encore trouvé comment se dédoubler à plusieurs endroits en même temps… c'est à croire qu'ils se sont passés le mot !

- et tout ça, souvent avec son propre travail à côté ! En gérant parfois sa propre rentrée et les différentes échéances qui vont avec.


Ce petit deuil qu'on saute

L'été n'est pas toujours un moment reposant, surtout avec des enfants à gérer. Et même sans avoir d’enfants, on peut se mettre la pression pour profiter un maximum de tout ce qu’on n’a pas pu faire dans l’année… Même si on vit avec moins de contraintes fixes et plus de marge pour improviser, certains emplois du temps de vacances sont tout aussi remplis que pour le reste de l’année, sans vraies pauses à l’intérieur.

Le rythme est toutefois différent, les changements de températures amènent un tempo qui n’est pas tout à fait le même et qui demande parfois de s’adapter entre les fortes chaleurs ou les semaines pluvieuses. 

Lorsqu’on arrive en septembre, on a tendance à repartir sur les chapeaux de roues, sans transition et surtout sans avoir pu vraiment dire “au revoir” au rythme de l’été. 

Parce que mine de rien, il est important de faire le deuil des petites choses, comme des changements de rythme et de saisons. C’est ce petit deuil qui permet d’aborder la saison suivante avec plus de relâchement. 

C’est un peu comme fermer un livre ou un chapitre qu’on était en train d’apprécier parce que quelqu’un d’autre a décidé qu’il était l’heure de s’arrêter. On n’a pas eu le temps de tourner la dernière page tranquillement. 

Livre ouvert sur une pile de magazines devant une fenêtre lumineuse, avec plante floue en arrière-plan.

Ce petit deuil-là, du relâchement, du temps plus souple, mérite d’être reconnu à sa juste valeur. Il n’y a pas à le dramatiser, on a le droit de trouver cela difficile de lâcher une situation appréciable pour aller vers quelque chose qui nous tente moins. 


Chacun·e son tempo

Il y a les personnes qui retrouvent leur élan en 48h, presque soulagé·es de retrouver un cadre. Pour d’autres, cela peut prendre des semaines ou plusieurs mois avant de vraiment réussir à se sentir mieux. Et il y a ceux qui sont toujours à contre-courant de leur rythme interne. 

Ce n’est pas un manque de motivation ou un problème de discipline. Au contraire, c’est plutôt un problème de rythme interne qui n’est pas respecté. Certaines personnes ont besoin d’une transition en douceur alors que d’autres carburent au changement brutal. Aucun des deux n’est mieux que l’autre, ce sont simplement des fonctionnements différents. 

Ce qui devient problématique c’est quand la société nous impose un rythme qui n’est pas le nôtre. On peut avoir l’impression qu’il y a LA référence et que si on ne correspond pas à cette norme alors… on est LE problème. C’est notamment ce qui crée de plus en plus d’épuisement de type burn out. Le rythme va vers un “toujours plus”, “toujours plus loin” mais nie complètement le rythme interne de l’être humain. L’impression de ne pas être assez compétent ou d’avoir un problème par rapport à ceux qui y arrivent peut ajouter une pression supplémentaire pour réussir à tenir ce rythme-là.


De la même manière, les profils neuroatypiques se heurtent particulièrement à ce rythme imposé. Non pas parce que leur fonctionnement serait "moins bon", mais parce qu'il est tout simplement différent, et qu'il demande souvent bien plus d'énergie pour s'adapter à un monde qui n'a pas été pensé pour eux. Ce qui ressemble à un manque de motivation ou de résistance de l'extérieur est en réalité une fatigue plus profonde, liée à cet effort d'adaptation permanent. 


Se resynchroniser à soi, et non au calendrier

Alors plutôt que de vous demander "comment tenir le rythme de la rentrée", la question pourrait être : "quel est MON rythme, de manière générale et particulièrement en ce moment ?"

Concrètement, ça peut vouloir dire :

  • Observer sans jugement, où vous en êtes réellement (fatigué·e ? impatient·e de reprendre ? les deux en même temps, ça arrive). Tout ça sans comparer ce ressenti à ce que "les autres" semblent vivre

  • Autoriser une phase de transition, même courte, avant de vous lancer à 100% dans tous les projets de septembre en même temps

  • Repérer un signal qui vous dit que vous forcez contre votre tempo naturel plutôt que de l'accompagner (irritabilité, sommeil perturbé, sentiment de courir après le temps dès la première semaine, douleurs plus ou moins chroniques)



Il n'y a pas de bonne vitesse de rentrée : il y a la vôtre.


💬 Et vous, votre rentrée à vous, elle ressemble à quel tempo cette année ?

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